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Santé mentale et art : rencontre avec Sherlyline Chardome

À l’occasion de la Semaine de la santé mentale, l’Hôpital Vincent Van Gogh a accueilli l’exposition immersive « La santé mentale, un chemin vers le rétablissement ». Initiée par des patients de l’hôpital de jour, celle-ci invitait le public à découvrir autrement la santé mentale et les parcours de rétablissement.

Durant l’exposition, nous avons rencontré Sherlyline Chardome, ergothérapeute au sein de l’hôpital de jour depuis douze ans. Elle revient sur la création du projet, les réactions des visiteurs et les messages portés par les différentes œuvres.

Depuis l’ouverture de l’exposition, quels retours du public vous ont le plus marquée ?

Nous avons reçu énormément de retours. Beaucoup de personnes ont d’abord été surprises par le nombre d’œuvres présentées, mais surtout par la manière dont les participants ont accepté de se livrer et de partager une partie de leur histoire.

Certains visiteurs avaient une vision assez limitée de la santé mentale et n’avaient pas nécessairement conscience du potentiel de créativité et de partage des personnes concernées. Ils ont trouvé très courageux que les participants puissent présenter leur parcours au regard de tous.

Parler de son vécu dans un groupe thérapeutique est une chose, mais accepter de le partager avec un large public en est une autre. Les visiteurs ont été très touchés et nous avons accueilli beaucoup de monde dès le premier matin. Plusieurs personnes ont également évoqué l’idée que cette exposition puisse devenir itinérante.

Une œuvre ou un témoignage vous a-t-il particulièrement touchée ?

Une œuvre composée de portraits m’a particulièrement marquée. Des personnes suivies à l’hôpital de jour ou ayant connu une hospitalisation aiguë ont accepté d’être photographiées et de montrer leur visage lors de l’exposition.

Sous leur portrait, elles ont inscrit des phrases telles que : « Je suis aussi une maman », « Je suis aussi un artiste » ou encore « Je suis bien d’autres choses ». L’objectif est de dépasser les étiquettes. Une personne peut avoir reçu un diagnostic de trouble bipolaire, par exemple, mais celui-ci ne définit pas toute son identité.

Une autre œuvre propose une expérience plus immersive. Le visiteur entre dans une pièce plongée dans le noir, où des textes apparaissent sur les murs grâce à des lampes UV. Ces mots évoquent la santé mentale et le rétablissement.

On y entend également des voix qui mêlent des ruminations à des paroles porteuses d’espoir. Il est difficile de ne pas avoir la chair de poule en refermant la porte, car nous sommes véritablement plongés dans cette expérience. Les voix entendues sont celles de personnes qui vivent réellement ces situations.

Après ces deux journées, que souhaiteriez-vous que les visiteurs retiennent de la santé mentale et du rétablissement ?

J’aimerais que leur regard sur les personnes ayant créé ces œuvres, et plus largement sur toutes celles qui rencontrent des difficultés de santé mentale, puisse évoluer.

Une personne confrontée à une problématique de santé mentale reste avant tout une personne avec des qualités, des défauts, des projets, des envies, des rêves et des peurs, comme chaque être humain.

Nous aimerions contribuer à déconstruire les stéréotypes encore très présents dans notre société, parfois véhiculés par les films, les séries ou certaines représentations. Une personne peut traverser une phase très aiguë, mais celle-ci peut être temporaire. La situation peut se stabiliser et il est possible de vivre avec ses difficultés et d’avancer.

Le rétablissement ne signifie pas nécessairement ne plus avoir aucun symptôme ou que tout est réglé. Il s’agit aussi de pouvoir vivre avec sa réalité et mener une vie épanouissante. C’est ce que nous espérons transmettre à travers cette exposition.

Aimeriez-vous faire vivre cette exposition ailleurs ?

Ce serait formidable que ce projet ne se limite pas à ces deux journées. Il s’agissait de notre première exposition de cette ampleur et nous ne savions pas à quel point elle allait toucher le public.

L’idée serait qu’elle puisse perdurer, se transformer et évoluer au fil du temps. Elle pourrait être complétée par de nouvelles œuvres ou présentée dans d’autres lieux.

Une réflexion existe également avec le comité des usagers autour de l’organisation d’une journée spéciale réunissant différentes associations et structures du réseau. Des œuvres pourraient y être exposées et plusieurs acteurs pourraient venir présenter leurs initiatives.

L’objectif n’est pas d’organiser une exposition, de tout ranger ensuite et de ne plus en parler. Les œuvres sont un moyen de transmettre un message autour de la santé mentale et du rétablissement. Nous souhaitons faire vivre ce message sous toutes les formes possibles.

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